L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a récemment qualifié de « profondément préoccupante » la situation sanitaire à Cuba, conséquence du blocus pétrolier imposé par les États-Unis. « En raison de cette crise, les hôpitaux du pays ont du mal à assurer la continuité des soins d'urgence et des soins intensifs. Au cours du mois dernier, des milliers d’opérations ont été reportées. Les personnes qui ont besoin de soins, des patients atteints de cancer aux femmes enceintes, sont mises en danger car il n’y a pas assez d’électricité pour faire fonctionner les équipements médicaux ou conserver les vaccins au frais », a déclaré le directeur général Tedros Ghebreyesus.
J'ai pu constater récemment ce que cela signifie concrètement lors de ma visite au Hogar Castellano, dans le quartier d'Arroyo Naranjo à La Havane, à l'occasion de la remise d'une «maleta solidaria» contenant plus de 20 kilos de matériel médical que j'avais apporté de Belgique. Le Hogar Castellano est l’un des 28 centres de la capitale cubaine qui prend en charge les personnes de tous âges souffrant de troubles intellectuels tels que la démence et l’autisme. Le centre a été fondé en 1963 par Fidel Castro afin de soulager les familles de ces personnes et de permettre aux mères d’aller travailler. Il accueille 69 résidents et 95 autres patients en soins ambulatoires. L'âge des bénéficiaires varie entre 6 et 69 ans. L'offre thérapeutique comprend diverses activités telles que la peinture, la musique et la narration, et n'est donc pas de nature médicale. Comme dans d'autres centres de santé, les soins sont gratuits.
Selon la directrice Béatrice, le fonctionnement du centre est fortement perturbé par le blocage. « Plusieurs personnes que nous suivons en ambulatoire ne peuvent plus se rendre ici en raison de la pénurie de carburant. Le taxi que nous utilisons habituellement pour aller les chercher ne peut plus circuler. Nous sommes également confrontés à une pénurie de médicaments. Un jeune diabétique de 19 ans, par exemple, est actuellement assez malade car nous ne disposons plus d’insuline. » Un autre problème concerne les coupures de courant fréquentes, qui ont déjà contraint le centre à jeter une grande quantité de nourriture. Il dispose certes d’un petit générateur, mais celui-ci s’est déjà révélé insuffisant à plusieurs reprises. Une amélioration est en vue grâce aux trois panneaux solaires que les autorités installeront prochainement. La forte hausse des prix des denrées alimentaires constitue un autre problème.
C'est Amado, de l'association cubaine « Hay Que Quererla » (« Il faut aimer Cuba »), qui apporte son aide partout où cela est possible, qui a décidé où serait acheminée la « maleta solidaria » que j'avais apportée depuis la Belgique. Lui aussi brosse un tableau effrayant des hôpitaux où, faute d'électricité, il n'est plus possible de pratiquer des opérations. « Les gens meurent non seulement à cause de cela, mais aussi par manque de médicaments ». La pénurie de carburant et les coupures de courant pèsent lourdement sur la population cubaine. « La nourriture pourrit, les écoles doivent rester fermées, comme la climatisation ne fonctionne pas, on a du mal à trouver le sommeil, beaucoup ne peuvent plus se rendre au travail… Les États-Unis punissent ainsi le peuple cubain ». Amado admet que certains Cubains commencent à désespérer, mais il est convaincu qu’une grande majorité sait bien que le gouvernement cubain n’y est pour rien et continue de croire aux idéaux communistes.
La « maleta solidaria » que j'ai apportée est une initiative lancée par des femmes cubaines vivant dans notre pays. Afin de pallier les pénuries dramatiques que connaît ce pays en raison du blocus américain, on demande aux personnes qui se rendent à Cuba d'emporter du matériel avec elles. La première valise a été acheminée à Cuba en août 2022 et contenait du matériel médical destiné au traitement des brûlés victimes d’une catastrophe survenue dans un dépôt de pétrole. À ce jour, plus de 70 envois ont déjà été expédiés. Pour plus d’informations, vous pouvez contacter Yania (0479 108762). Ce n'est là qu'une des nombreuses formes de solidarité internationale. Le mois dernier, par exemple, la flottille Nuestra América a permis à des centaines de militants d'acheminer vers Cuba, à bord de navires et d'avions, environ 20 tonnes de matériel d'aide. Des pays comme le Mexique, l'Espagne et le Brésil fournissent également une aide humanitaire. Lors d'une déclaration commune il y a quelques jours, les dirigeants de ces pays ont annoncé qu'ils allaient intensifier cette aide.
LUC VANHEERENTALS
P.S. : Cet article fait partie d'une série consacrée à Cuba et soutenue par le Fonds Pascal Decroos.