Difícil, difícil, difícil ! Mais la vie continue.

Triciclos eléctricos Cuba 07 26

« Difficile, difficile, difficile ; c’est complexe ».  L’étau actuel de l’administration Trump pèse lourdement sur les Cubains. Pourtant, la vie continue, il n’y a pas d’autre choix. Impressions après deux semaines passées à Cuba. 
« Trump a bien fait ses devoirs » 
Ibis, responsable des relations avec l'Europe au sein de l'ICAP –l’Organisation cubaine d’Amitié avec les Peuples- m’a surpris par cette déclaration au ton « positif ». La réalité est moins réjouissante. Trump a systématiquement tari les trois principales sources de revenus étrangers de Cuba : le tourisme – les remesas (envois de fonds) – les brigades médicales. Sous la menace de sanctions, les chaînes hôtelières espagnoles Meliá, Iberostar, Barceló et la chaîne canadienne Blue Diamond se sont retirées de Cuba. Les rares touristes ne peuvent plus utiliser leurs cartes Visa et Mastercard à Cuba. Les remesas ont fortement diminué puisqu’il est impossible d’envoyer de l’argent depuis l’étranger à des proches à Cuba via Western Union. L’administration Trump fait pression sur les pays pour qu’ils rompent leur coopération avec les brigades médicales cubaines : l’Équateur, l’Argentine, le Honduras, le Guatemala et la Guyane ont déjà pris cette décision. Le Brésil et le Mexique résistent pour l’instant à cette pression. De plus, Trump a de facto décrété une interdiction des livraisons de pétrole à Cuba. En 2026, Cuba n'a reçu qu'une seule cargaison de pétrole : environ 100 000 tonnes de pétrole brut, offertes par la Russie, rien de plus.
Coupures de courant 
Les « apagones » pèsent lourdement sur la population. La Havane peut encore s’estimer heureuse, car les coupures d’électricité y sont d’une durée plus limitée. De vastes régions en dehors de la capitale ne disposent d’électricité que pendant 2 à 3 heures.  Pas d’électricité signifie : impossible de conserver les aliments dans les réfrigérateurs, des nuits chaudes sans ventilateur, l’impossibilité de cuisiner à l’électricité. Lis habite à Marianao, l’une des 15 communes de la province de La Havane. « Les gens vivent dans un stress constant. Pendant les heures où il y a du courant, ils doivent s’activer rapidement et tout faire en même temps : pomper de l’eau pour remplir les citernes, préparer les repas, laver le linge. » Le village rural de Jorge, situé à 8 km de Sibanicú, n’est alimenté en électricité que 2 à 3 heures par jour. Le village est donc coupé du réseau national de communication. Il est impossible de passer des appels ou d’envoyer des messages sur WhatsApp. Pour prévenir l’agence bancaire que Jorge souhaite venir retirer son salaire le lendemain, il doit faire appel à un villageois qui se rend à Sibanicú en voiture. La cuisson à l’électricité, autrefois activement encouragée par le gouvernement qui a procédé à la distribution de marmites à vapeur électriques, est devenue impossible. Les bonbonnes de gaz sont trop chères et introuvables. Tout le monde cuisine désormais au charbon de bois, et surtout à la « leña » – au bois.
Pénurie d'essence et mobilité électrique. 

Depuis que Trump bloque les livraisons de pétrole à Cuba, le problème des longues files d’attente aux stations-service est « résolu » : il n’y a tout simplement plus d’essence. À ma grande surprise, il y a encore des voitures qui circulent dans les rues de La Havane. Pas beaucoup, mais tout de même : Trump autorise en effet les particuliers à importer de l'essence et du diesel, pas en grandes quantités et, bien sûr, en provenance des États-Unis. Le prix au litre est élevé et atteint désormais les 5 dollars. 
Daniel possède une petite voiture des années ‘80. Après avoir pris sa retraite, il arrondissait ses fins de mois en travaillant comme chauffeur pour La Nave, l'Uber cubain. En raison de la pénurie d'essence, sa voiture reste désormais au garage, sauf pour son usage personnel. En janvier, Daniel s'est inscrit en ligne auprès d'un fournisseur d'essence ; aujourd'hui, il occupe la 5 500e place sur un total de 15 000 personnes en attente. Lorsque ce sera son tour, il recevra un SMS et pourra aller faire le plein. 
Cuba raffine une partie du pétrole brut qu'elle extrait. Cela permet au gouvernement d'approvisionner les secteurs essentiels, tels que les générateurs des cliniques. Les taxis se voient également attribuer un quota limité, qu'ils doivent utiliser de manière efficace. 
Les vélos-taxis électriques ne passent pas inaperçus dans les rues. Pour quatre à six mille dollars, on peut acheter un « triciclo » chinois, un investissement qui s'avère apparemment rentable. Pour un trajet à La Havane, le passager paie entre 250 et 400 pesos, selon la distance. Certains triciclos suivent un itinéraire fixe entre les quartiers de La Havane et remplacent les taxis collectifs d'autrefois ; d'autres circulent à la demande. 
Malgré la frustration, la vie continue. 

L'étau américain pèse lourdement sur les Cubains. Lis le formule ainsi : « Les Cubains vivent actuellement cette situation comme si on leur enlevait chaque jour un peu plus, comme si les choses ne cessaient d'empirer. Les gens se demandent s'il y aura un jour une fin aux coupures d'électricité ? Quand les enfants auront-ils à nouveau un enseignant attitré dans leur classe ? Quand les prix des denrées alimentaires reviendront-ils à la normale ? ». 
Et pourtant, malgré cette situation difficile, la vie continue. À La Havane, les « triciclos » vont et viennent. Les gens s’affairent. Les entreprises et les services administratifs font tout leur possible pour continuer à fonctionner, même si ce n’est qu’à mi-régime en raison des coupures d’électricité. Le personnel conserve ainsi son salaire. Les restaurants publics et privés restent ouverts. Les marchés de fruits et légumes et les marchés publics attirent beaucoup de monde. 
Les Cubains ne restent pas les bras croisés. C'est actuellement les vacances d'été pour les jeunes, une période durant laquelle les clubs sportifs organisent chaque année des tournois et des championnats provinciaux et nationaux. En raison du manque d'essence pour le transport, ces activités sont annulées. Les clubs sportifs comblent ce vide en organisant des journées sportives dans chaque commune. « Bien sûr, ce n’est pas tout à fait la même chose en termes de défis pour la jeunesse, mais nous ne restons pas les bras croisés. Il reste important d’offrir quelque chose aux jeunes. » 
La situation est difficile, mais les gens restent sereins et tirent leur force de ce qu’il y a de bon. C’est ce qu’affirme Osnerys, le représentant provincial de l’ICAP à Camagüey. Ici, chaque week-end, les gens se rassemblent sur les places pour assister à un concert et danser. Début juillet, le défilé du carnaval a eu lieu ici, bien plus modeste que les autres années, en journée et non le soir, afin d’économiser l’énergie. Les enfants apprécient cela. Nous ne devons pas renoncer à notre fierté culturelle, car c'est ce qui nous définit, nous les Cubains, c'est notre vie, notre identité nationale.